L'HYper PRésent Appliqué à la Musique (et autres trucs...)

31.7.15

Tame Impala - Currents

J'en avais le souvenir vaguement brumeux d'une après midi de Rock en Seine sur la grande scène. De loin, sur ce foutu chemin à droite là, entre les arbres ou l'on s'attend tout le temps sans s'y retrouver car on ne sait pas trop bien compter une fois à Rock en Seine.
Les gens avaient l'air de s'emmerder en attendant le grand show des Franz Ferdinand venus présenter leur dernier album avant qu'il ne sorte. Forcément, la découverte de morceaux de 6-7 minutes plutôt lents à se mettre en place, mélangeant guitares et synthés reniflant plus les champs de fleurs 60's américains que les pubs écossais le vendredi soir, la partie n'était pas gagnée d'avance.
A en voir les souvenirs des gens aussi présents à l'époque, le passage fut oubliable. Pourtant, il me sera resté dans un coin de la tête sans que je ne comprenne alors pourquoi. Bah ouais, j'aime bien Franz Ferdinand moi aussi, et alors? Take Me Out putain.

Je me souviens avoir été marqué par ce passage "Supercopter" de Elephant. Ben ouais, j'ai peut-être un peu trop regardé la TV dans les années 80 mais il fallait bien s'occuper certaines après midi un peu trop longues pour une partie Super Mario 3.
Puis hé, franchement... : 


Non ?
Ça n'est certainement pas une des séries que je regardais le plus si j'en crois les souvenirs - hormis le générique donc - parcellaires que j'en garde : Un pilote avec une fossette, un vieux co-pilote avec un air badass, des hélicopteres qui se poursuivent entre les roches, un joystick en guise de manche à balais, et une explosion finale, ouf il est enfin mort.





 Fossette à gauche, badass à droite.

OK, il n'y a donc aucune fossette ni vraiment d'air badass. C'est dire. Oh puis merde, je préférais largement Tonnerre Mécanique ou Shérif fais moi peur tiens. 

Bref, j'ai donc été marqué par ce morceau  mais aussi par cette capacité à etre parvenu à m'arracher du sol poussiéreux de Saint Cloud pour un petit voyage planant sur ce bon gros son décrit plus haut, accompagné par une voix perchée et noyée d'effets. Ce que ne sont jamais parvenus à me faire les gars de MGMT en gros.
J'ai toujours du mal à accrocher à un concert en ne connaissant pas vraiment l'artiste pourtant. Mais là, bingo. 

Une seule autre fois cela avait fait mouche. Mais avec une force totalement démesurée et incomparable : Neutral Milk Hotel au This Is Not A Love Song 2014. Mon pote m'avait un peu trainé là en m'appatant à coup de "soit on aime, soit un déteste". Parfait, j'aime pas être mesuré lorsque je parle musique. On se place donc tout devant, et tout d'un coup débarque ce que je confonds alors avec un clochard un peu perdu. 

 La clochard est à droite, je précise.

"Tu vas voir, un est un peu spécial, un peu autiste"
Ah ouais, il a l'air... Ni bonjour, rien. Un simple regard dans le public, et une demande d'un geste de baisser les appareils photos dans le public.
"ah oui, il refuse toute prise pendant les concerts".
Ah ok, tu m'étonnes qu'il tourne peu depuis des années alors...
Mais dès l'instant où le mec balance le premier accord de The King of Carrot Flowers le son de cette vieille gratte de clochard se révèle et là...


Un moment assez indescriptible s'en suit, trop court bien sur... mais dont il m'est impossible de parler ici, tant il me fera alors sortir du sujet de base. Bordel ! Recentrons le débat !



Tame Impala donc. L'écoute de l'album Lonerism (dont j'appris avec 8 ans de retard qu'il ne s'agissait pas là de son premier album, mais de son second) confirme le sentiment du concert : je vais kiffer un bon moment. Got to Be Above It Endors Toi qui t'envoie dans l'espace Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It Mind Mischiefs te donne envie de rebrancher la guitare Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It Feel Like We Only Go Backwards te donne envie de serrer le premier pécore dans les bars pour lui dire qu'il sent bon Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It Keep On Lying, la grosse perle de l'album selon moi. Chanson à tiroirs démarrant à l'envers avec un fade In étonnant. Genre tu connais déjà le refrain entêtant en 20 secondes. Et boum, la petite guitare arrive là...Et t'es parti pour 6 minutes...Got to Be Above It Got to Be Above It. Elephant "supercopter" donc. Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It Got to Be Above It. Sun's Coming Up vient clôturer l'album de manière assez différente. Surtout dans le chant, pour une fois "grave" du monsieur, mais aussi dans sa simplicité, vu que seul un piano l'accompagne....bon, les 2 dernières minutes sont un mélange de bruits et d'échos de guitare saturée, mais allez...
J'ai aussi envie de citer Nothing That Has Happened So Far Has Been Anything We Could Control, juste pour le plaisir d'écrire ce titre.

Une esthétique toujours sobre.

Tame Impala. Le second album annoncé semble faire frémir certains de mes "gars sûrs". Je me refuse à écouter quoique ce soit tant que tout n'est pas en ma possession. Question de principe. Hé oui.
Comment parler de ce Currents ? Le premier abord fut vraiment rude. Tout d'une traite. Limite indigeste. Chansons longues, hyper riches, barrées, on perçoit mal le début ou la fin, on accroche finalement à un bout...qui ne dure que 25 secondes. Bref, on ne comprend vraiment rien.
Mais putain, pourquoi crient-ils au génie ? 
Il me faut en général une porte d'entrée dans un album pour réellement l'apprécier. Souvent la chanson "facile", "single" pourquoi pas... qui donne envie de revenir même n'écouter qu'elle dans un premier temps. Puis on se dit "allez j'enchaine"... Et on se laisse finalement porter pour ne plus jamais repasser cette porte dans l'autre sens.
C'est finalement une simple phrase qui me fera rentrer dans cet album de plein fouet. Mais alors genre "prends la porte dans la gueule, tu la vois là ???"

But I Know I Will Be Happier
And I Know You Will Too.
...
...
Eventually.

Ça m’obsédait. Ça tournait en boucle dans mon putain de crane en rebondissant partout. Pourtant, au travail les pollution sonores à base de Winds Of Change de Scorpions ou diverses sorties sur la côte agrémentées de best-of de Patrick Sébastien étaient là pour tenter de me perturber. Mais non, rien n'y fait. Cette chanson est devenu mon "hymne de départ" au boulot pendant une bonne semaine. L'intro grosse guitare, la coupure pour cette partie plus douce, le Eventually suivi de l'explosion...et surtout cette fin avec ces coupures incroyables. Bref, Yo Kiffo.

Bon me voilà dans la pièce. Que faire? Bah mettre l'album dans l'ordre ?  Allez... Après l'entrée fracassante, ayant pris la porte dans la tronche, me voilà face à ce monument qu'est devenu Let It Happen pour moi.


Là, il y a tout. Mais tout. L'intro catchy me permettant de remplacer mon ancien hymne de départ du bon pied. Le chant mélodieux au possible, le gimmick "let it happen" armé pour jouer à la boule de flipper dans mon cortex, puis cette nouvelle coupure, un peu à la manière de celle de Eventually. Avec une douzaine de classes en plus. 
Le titre peut sembler quelque peu répétitif, mais comme tout grand morceau, il se révèle d'une immense richesse au fil des écoutes. Je me souviens avoir été regardé de travers lorsque j'ai dit ça un jour, mais...oui parfois il faut oser l'effort pour s'approprier un album. Persister, insister. 

Et lorsque cette boucle là arrive...parsemée de ces "fausses sautes de disque"... c'est le décollage une nouvelle fois. Le synthé te prend par les pieds et pof, tu décolles. 
Alors ouais, "pof" n'est pas le bruit parfait d'un décollage, mais..j'ai pas trouvé mieux. 
Bref, la chanson repart pour une deuxième vie une fois la batterie "Daft Punk" arrivée... On sent une fin arriver, mais non.. le petit Kevin choisit de placer le petit riff imparable. 
A 6 minutes 16. Normal.

coucou. tu dors?


Je me rends compte n'avoir finalement dompté qu'un petit tiers du disque au moment ou j'écris. Mais l'envie de balancer un pavé, surement indigeste, était trop forte. Le monde doit savoir !
Ces deux titres justifient cependant selon moi l'achat d'une édition sertie de pierres précieuse de cet album. Je peux rajouter Yes I'm Changing dont le tempo moelleux et le côté vraiment..."mignon" m'auraient paru improbable à lier à une chanson que j'aime. Et pourtant...j'y reviens, encore et encore.
Je ne sais pas trop quelle est l'histoire de cet album, mais il me parait plus...parler. Peut-être le précédent n'était alors qu'un patchwork de chansons écrites par-ci par là... Ici, on sent que le mec fait passer un message, et nous parle donc. 
Comment ne pas parler de The I Know The Better. Chanson qui semble taillée pour ...tout. Les ondes, les gens seuls, les ipods, les bals, les concerts, les bars, les soirées "vas y je peux mettre ma musique", les soirée "vas y touche à la musique et je t'arrache un ongle", les soirées "dis, tu peux mettre du U2". Non je déconne.
Riff génial, mélodie parfaite. 
Comme la musique semble simple et cruelle à la fois.... Simple car la le truc tiens en 3 notes jouées sur un rythme "cool". Cruelle car...vas y, prend une guitare toi. Essaie de jouer un truc "qui ressemble vaguement". Tu peux y aller, tu n'en sortiras au mieux qu'un mauvais clone de la Musclada un soir de fête de la musique à Charleville Mézières.

J'ai donc pris cette porte pleine face avant de commencer à tomber dans divers pièges machiavéliques. Quelque chose me dit que je n'en suis pas encore sorti...




26.7.15

Bates Motel, saison 1




Ah Norman Bates, ce personnage qui m'aura tant.... heu….ouais bon ok, je n'ai en fait jamais vu Psychose et suis globalement nul en Hitchcock d'ailleurs. Mis à part un duo de violons, une douche, un passage du train dans les studios Universal et une tripotée de volatiles énervés...bah je ne connais vraiment pas grand chose.

L'arrivée d'une série préquel à ce Film ne déclencha donc pas chez moi un enthousiasme délirant. Genre, ouais bof. Un ouais bof cependant teinté d'un "pourquoi pas un jour, si le public commence à suivre ?".
Non car je ne compte plus les nombreuses frustrations suite à des annulations de séries, pourtant bonnes, après une seule saison. Les audiences toussa...putain de ricains...


Celles qui furent inexplicablement annulées (Rubicon dont j'avais parlé par ici...), celles dont le style de niche pouvait difficilement voir une suite être produite (The River,...), celles partant d'un pitch vraiment intéressant mais qui pour le coup eurent du mal à tenir la distance (Flash Forward, The Event, Terranova (non je déconne, ça c'était vraiment nul),...
Cette dernière catégorie ressemble à un cimetière de bonnes idées...mal servies par une ambition beaucoup trop élevée comparée aux moyens mis en œuvre : Les studios payant pour une bonne idée bien vendeuse le temps d’attirer les gogos sur le pilote bien marketté, mais refusant d'aligner les ronds pour 3 scénaristes majeurs et une paire de bons acteurs. Résultat, le gadin assuré, voire même une place assurée dans nanard Land...

 Pourquoi ? Mais pourquoiiiiiiiiii ?


La différence entre une grande série et une bonne série se fait pour moi dans la prise de possession du temps. La grande série tisse à son rythme une toile de laquelle il sera impossible de se dépêtrer même des années après sa vision. Elle prend son temps pour tenir un marathon, fait ses réserves pour pouvoir accélérer puis balancer ses cartouches le moment venu. On ne compte pas les épisodes des Sopranos, Six Feet Under, Game Of Thrones qui au premier abord semblent...ne rien apporter, juste remplir un espace vide. Simplement, au lieu de le combler par une baudruche ayant rapidement pris sa forme pastiche, c'est par une superposition de fines couches que ces séries procèdent… et construisent leur mythe.

Puis quand il le faut, le coup d'épée est donné en plein cœur. Plaie béante et crise sur facebook.

Beaucoup de séries ces dernières années semblent ne plus essayer de jouer sur ce terrain...à quelques exceptions près grâce à des chaînes américaines câblées (HBO, AMC,.), et/ou à péage (Netflix) voire les expérimentation barrées from UK (Sherlock, Luther,...).

Comme si les courses à remporter n'étaient plus des marathons mais uniquement des sprints. Il faut partir vite vite vite, fort fort fort... En mettre partout et beaucoup, ne pas prendre son temps, non non surtout, envoyer, remplir, enchaîner... Lièvre plutôt que tortue donc. Sauf qu'à la fin...



Après deux épisodes, Bates Motel me paraît rentrer dans cette catégorie la, le sprinter. Le pitch est bon, l'athlète prometteur, le départ excellent,... et  il accélère immédiatement : la série balance en peu de temps beaucoup de pistes, de personnages, d'événements... A un tel rythme, je redoute un essoufflement bien naturel qui serait cependant dommageable aux vues des prestations des deux acteurs principaux et de l’envie que l’on a de comprendre ce qui a pu mener le petit propret Norman à se mettre en couple sanglant avec de stridents violons…

Après avoir terminé cette - longue - première saison, le sentiment d’avoir à faire à cette race “nouvelle” de gentil sprinter s’est confirmé. On s'enchaîne les épisodes afin de savoir où tout cela peut bien nous mener, de quelle manière Norman se transformera en ce que l’on sait,... mais la flamme n’est jamais vraiment en moi. Je n’y retrouve ni le savoir américain pour faire traîner un suspense sur toute une saison quitte à nous faire avaler de sacrés anacondas, ni celui plus propre aux séries du genre “soap” (à prendre au sens large du terme) nous injectant dans les veines la drogue du “allez juste un dernier avant de dormir”.

Cependant, il faut bien l’avouer, le sujet est sacrément casse-gueule. Partir d’un point A connu, pour aller à un point B tout aussi connu, de la vie d’un jeune homme, tout en tenant en haleine sur une vingtaine d’épisodes que multiplient x saisons. Difficile ainsi de ne pas transformer la vie de Norman Bates en un enchaînement assez invraisemblable d'histoires alternant entre le drama adolescent, le trafic de drogue, la traite d’esclaves, les flics véreux, la famille décomposée,...


Pour avoir grandi dans une ville qui semble plus ou moins de la même taille que celle de la famille Bates, cela me paraît un petit peu beaucoup. Alors ok, le département des Landes est certainement un coin du monde relativement calme, mais tout de même !
Le drama ado : ok, je me souviens qu’un jour, un des gars de ma classe de collège avait fugué ! Il s’était réfugié dans la “maison du rugby” juste à côté de ma maison. La tension était à son comble.
Le Trafic de drogue : vu le tarif pratiqué sur les verres de pastis aux fêtes de mon village, je pense qu’il y avait de la contrebande de caisses d’alcool dans l’air. Oui l’alcool est une drogue. C’est mal. Bouh.
La Traite d’esclaves : on peut considérer que le traitement des adolescents ayant été pris dans le tourbillon du castrage estival du maïs est similaire à cela, je le concède.
Les flics véreux : je suis allé un jour porter plainte dans un commissariat pour pouvoir récupérer les sous perdus suite à un petit piratage de CB. La prestation dactylographique du fonctionnaire ce jour là, ainsi que la pertinence des questions m’ont plus fait penser aux gendarmes de la soupe aux choux que du L.A. Confidential de James Elroy.

Bon ok, tout y est presque en fait...

Pour en revenir à la série : la fin de saison laisse entrevoir ce changement tant attendu dans la personnalité de Norman donnant ce foutu goût de “reviens-y” qui nous fait perdre tant d’heures de notre vie…
L’avantage d’avoir commencé une série que l’on sait déjà constituée de 3 saisons, c’est que ce goût-là peut ne pas se mélanger à celui d’inachevé.

Next, next.